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Connaissez-vous Suphanburi ?

Beaucoup moins connue que sa voisine Ayutthaya, Suphanburi (littéralement la ville d’or) se trouve à une centaine de kilomètres de Bangkok.
Au XVIème siècle, frontalière avec la Birmanie, elle était le bastion courageux faisant front à l’ennemi. Tenir la ville, c’était protéger le pays contre l’envahisseur. Cette « frontière » avait en soi une valeur inestimable. Pendant des années les armées s’affrontèrent jusqu’à la bataille de Tambon Don Chedi qui marqua à jamais l’histoire du Siam. En 1592, le roi Naresuan remporta une victoire épique contre le chef de l’armée birmane Phra Maha Upparacha. Menant le combat à dos d’éléphant, il repoussa les forces ennemies et permit au Siam de retrouver sa souveraineté passée. Cette victoire a permis de libérer de nombreuses régions et de sceller des frontières bien au-delà de ce qu’elles étaient.
En 1952, l’armée royale thaïlandaise érigea dans l’enceinte de la vieille pagode commémorant cette bataille un stupa et une statue du roi Naresuan sur le dos d’un éléphant. Chaque 25 janvier, dans ce lieu devenu hautement symbolique, la Journée Royale des forces armées thaïlandaises est célébrée lors d’un festival de sept jours pendant lesquels on rejoue la bataille à dos d’éléphant et en costumes d’époque.
Le récit historique est devenu une histoire nationale, transformant la ville en lieu de commémoration. Suphanburi s’en est longtemps contentée en oubliant de développer pleinement le secteur touristique. Elle est restée sur la valorisation de deux événements, le festival de Don Chedi et la fête de Loy Krathong qui se déroule sur la rivière Tha Chin et les douves qui encerclent en partie le centre-ville.
A la fin des années 90, plusieurs grandes initiatives ont été entreprises afin de lui donner une nouvelle dynamique. La première est la tour Jamsaï (123 m), entourée d’un petit parc où, en fin de journée, les habitants viennent prendre le frais. Elle structure le centre-ville depuis plus d’une vingtaine d’années. Les rues adjacentes sont bondées de petits commerces. Au sud, du côté de la rivière Tha Chin, un marché couvert donne sur une voie sur berge où, le soir venu, les habitants viennent se promener et faire un peu d’exercice physique. A l’est de la tour se trouve la partie la plus moderne de la ville, avec ses cafés, ses restaurants et sa boîte de nuit. A la tombée du jour, la tour Jamsaï s’illumine et un marché se niche à ses pieds six jours sur sept. On y vient pour s’y rencontrer et y manger les spécialités locales, dont les khanom sali (gâteaux fourrés).
La tour Jamsaï peut se visiter. Elle renferme des peintures retraçant le combat du roi Naresuan. Elle offre aussi un observatoire formidable pour découvrir la ville.
L’autre grande attraction de Suphanburi, le « Museum of the Descendant of the Dragon ». Le Musée du descendant du dragon dédié à la culture chinoise témoigne des bonnes relations sino-thaïes. Ouvert en 2008, ses 21 salles sont logées dans un bâtiment en forme de dragon, haut de 35 m et long de 135 m.
Autre point d’intérêt, le temple royal Wat Pa Lelai Worawihan, dont la construction remonterait à plus de 800 ans, abrite une statue de Bouddha haute de 23 m.
La galerie entourant la chapelle restitue en illustrations la légende de Khun Chang et Khun Phèn. L’histoire, écrite par Sunthorn Phu (écrivain célèbre de la cour de Rama II), est encore de nos jours très populaire. Beaucoup de Thaïlandais la connaissent et aiment la conter aux plus jeunes. D’un côté Khun Paen, un brave et beau soldat sans le sou, de l’autre Nang Wan Thong, une femme belle mais mariée au riche et peu avenant Khun Chang. Les absences des uns font le bonheur des autres, et la culpabilité et la jalousie le ciment d’une histoire éternelle.
Ces peintures rappellent aussi une autre fierté de la ville, celle d’avoir abrité dans ses murs Sunthorn Phu (l’auteur de l’histoire). Il est à la Thaïlande ce que Molière est à la France, un auteur essentiel, reconnu par l’Unesco. Lors de ses voyages, il s’est un jour arrêté à Suphanburi. Là, il a écrit l’un des textes les plus importants de la poésie thaïlandaise, le recueil de Nirat Suphan.
Ici tout comme en Europe, il y a cette passion de sanctuariser les lieux fréquentés par les écrivains, et la Thaïlande a sanctuarisé celui de Sunthorn Phu. Ainsi, le temple Wat Khae (ou Khum Khun Phèn - la maison de Khun Paen) est devenu par extension le lieu où le génie créatif de Sunthorn Phu a pris vie. Un ensemble de petites maisons a été reconstitué en suivant à la lettre les différentes descriptions présentes dans un de ses poèmes. Au-delà de cette construction en teck d’un équilibre rare, se trouve à l’entrée de la Khum Khun Phaen un tamarinier géant vieux de plus de mille ans. A l’arrière, on tombe sur une sculpture des plus étonnantes : un énorme bourdon sur lequel trône l'un des héros de Sunthorn Phu. On vient s’y recueillir, y déposer des présents, tout comme on le fait pour les autres divinités.
Ici, on recherche l’inspiration, la force du héros en se remémorant ce récit que l’on a appris et parfois oublié. Le Wat Khae fait partie de la « route des neuf temples ». Sur un même axe longeant la rivière, espacés de plusieurs kilomètres, on trouve différents temples plus ou moins intéressants et plus ou moins populaires, tels que le Wat Phra Non ou le Wat Phra Loy. Les visiteurs viennent y nourrir des poissons-chats voraces ou admirer des carpes multicolores.

Suphanburi s’attache également à mettre sa nature en valeur. Deux grands projets sont vecteurs d’un nouveau rapport à la nature et à la faune animale : Bueng Chawak et le sanctuaire des oiseaux, Tha Sadet. Le premier entoure un lac qui sert également à l’irrigation de terres agricoles. Tout autour ont été bâtis un refuge où les animaux sont soignés, un aquarium, une zone d’observation des crocodiles et surtout un jardin où sont cultivés des légumes de toute la Thaïlande.
Le public peut ainsi découvrir les techniques de plantation, d’entretien et surtout de préparation de légumes. Le second est beaucoup moins formel, réservé plutôt aux passionnés. Il faut attendre, observer et espérer voir cigognes, hérons, ibis... qui viennent le soir nicher dans cette zone protégée.
Un autre lieu touristique a également vu le jour depuis quelques années, le Buffalo Village. Cette animation autour du buffle, située sur Chaï Nat Road, fait partie d’un programme de mise en valeur du patrimoine immatériel. Le buffle dans les rizières est un cliché. Pourtant, on oublie bien souvent le rapport qui unit la bête et l’homme, et surtout sa contribution au monde agricole. Cette volonté est à mettre en relation avec deux autres initiatives qui elles aussi participent à partager un savoir-faire de la culture rurale : le Musée national des riziculteurs et le Centre de promotion de l’artisanat.

Un peu plus au nord de Suphanburi, un autre site participe à cette richesse patrimoniale de la région, le marché traditionnel de Sam Chuk, l’un des marchés traditionnels les plus typiques et les plus agréables de Thaïlande. Situé le long de la rivière Tha Chin, c’est une pittoresque succession de maisons en bois vieilles de plus d’un siècle. Leur restauration et leur mise en valeur ont été soutenues par l’Unesco. On y vient pour y découvrir un artisanat mettant à l’honneur la vannerie et surtout pour y goûter des spécialités culinaires.
Enfin, en quittant Suphanburi, sur la route du retour vers Bangkok, le Wat Phai Rong Wua mérite un arrêt. C’est le temple de la démesure. En son centre se trouve le Phra Phutthakhodom, la plus grande statue de Bouddha en bronze du monde (26m de haut). Juste en face, se trouve la surprenante représentation des enfers bouddhiques. Des corps démembrés, désossés rappellent les supplices et les horreurs qui punissent les mauvaises âmes.
La visite de Suphanburi demeure une belle escapade loin des habituels circuits.

Source : www.gavroche-thailande.com